DEPART DU COUPLE FONDATEUR DE SOLID’ACTION

 

Vendredi 8 novembre dernier, la plus grande page de l’histoire de Solid’Action s’est tournée avec le départ du couple d’hôtes fondateur, Madame Isabelle ROUSSEAU et Monsieur Alain PONCET-MONTANGE.

Avec un père d’extrême-gauche et d’une mère très catholique, toute l’aventure de Solid’Action a commencé par le parcours atypique d’un exploitant forestier mis à mal économiquement durant la grosse tempête de Noël 1999.

A l’horizon des années 2000, Alain PONCET-MONTANGE, de formation Mécanique Agricole, découvre les lieux de vie « OURANOS » et « Pierre EMMARD ». Dans une démarches proactive proche d’un monde agricole et du réseau Cocagne qu’il affectionnent, il découvre l’univers trop discret de l’exclusion. De cet univers solidaire aux forts tempéraments, il rencontre progressivement des personnes charismatiques tels qu’Albert BASTIAN, Philippe VACHETTE, Jean EUDE, Jean-Claude NICOL … De là naitront les premiers projets de lutte contre l’exclusion : Réveillons solidaires aux Mollettes, Terre Solidaire, Les Triandines…

L’idée de créer un lieu spécifique prend feu dans le tempérament d’Alain et il se forme alors à Arobase en tant que gestionnaire de l’Economie Sociale et Solidaire. Cela à condition que ses mémoires se fassent sur la formalisation d’un lieu pouvant accueillir les grands exclus de notre société.

D’autres rencontres avec Jean SALVERE, Mr NORAZ de la DASS Isère et le lien très fort avec Myriam, Françis, Patrick… Des militants de la première heure… vont être complémentaires et favoriser les prémices d’un projet original. Alain rencontre tous les financeurs et acteurs possibles pour faire émerger une étude chiffrée et argumentée. Il n’écoute qu’une partie de ce qu’ils disent en s’obstinant à imaginer une idée pas toujours facile à valoriser tant l’inspiration devient atypique.

La confrontation entre Gilles GUIROUX, chargé d’insertion et de Probation, et de Jean SALVERE , le Directeur de la DASS, face à Alain va être déterminante. Ils imaginent un lieu de vie en faveur des plus exclus, ceux pour qui l’insertion est un échec et pour qui il est difficile de trouver d’autres alternatives sociales et économiques.

L’ébauche est très rapidement présentée à Pierre BOISSELIER, maire de Saint Hilaire du Touvet, ainsi qu’au député François BROTTE qui reconnait l’entreprenariat social du projet. Aussi, Georges BESCHER, Conseiller Général, sera également à la proue et sera même le premier et seul politique à avoir dormi au lieu d’accueil.

Le plan commence à porter un nom « SOLID’ACTION ».

Solid’Action n’est pas forcément attendue sur le plateau, mais Pierre BOISSELIER a besoin d’un prestataire pour des travaux complémentaires à ceux réalisés par les services techniques… Aussi, le plateau devient une cité dortoir. Un projet social hors normes populaires y aurait-il sa place ?

C’est à ce moment qu’Isabelle ROUSSEAU, rentre dans l’histoire de SOLID’ACTION. Fille d’artisan et de grands parents paysans, elle organise à cette période les plans de formation EPI-STAR du CFPPA. Alain y suit une formation et commence à la bassiner avec le projet SOLID’ACTION, alors qu’il est là pour se former sur un projet « Confitures dans le Tarn » ????

Ensuite, Alain et Isabelle présentent le projet CHRS. Aucune question n’est posée, hormis celle de qui finance ? Ils répondent alors du tac au tac « On propose un projet », trouvez-nous les moyens !!! « On bossera pour la suite » !!! L’intention est claire et une commission de travail planche sur ce projet social. Il y a de nouveaux acteurs tels que Philippe SAVOY (un moteur de la commission), la MLJ de Crolles, La CLI…

C’est Mr NORAZ qui le premier déposera sur la table une proposition d’ouvrir un lieu pour 4 personnes. Alain & Isabelle déclinent. Le modèle économique serait possible qu’à partir de 15 personnes accueillies… D’autant plus qu’au-delà de l’aspect hébergement pour un minimum requis de personnes à accueillir, il y a aussi la nécessité de réaliser des prestations de services au-delà du plateau, ce qui n’est pas coutume pour les chantiers d’insertion souvent cantonnés à une commune. Rassurée, la DASS donne son accord et les démarches s’accélèrent. 

A cette période, les médias parlent de la situation au Canal Saint Martin et le dispositif CHRS « Places de stabilisation » voit le jour.

Plus tard, Pascal NOBLET, l'auteur de "Quel travail pour les exclus ?" dira dans les locaux fraichement rénovés par l'association "on a besoin de lieux de vie" en soulignant que l'insertion a été conçue jusqu'à présent sous la forme exclusive de l'accès à l'emploi dans le secteur marchand. "Solid'Action" peut travailler avec toutes les entreprises du territoire en manque de main d'oeuvre. "Soutenez-les".

Isabelle se rappelle prises de tête sur le plus juste des comportement à avoir face à des personnes ayant tout perdu : droits civiques ; logement ; revenus ; famille ; dignité… De quoi ont besoin les personnes accueillies et comment trouver des solutions ? « Les collectivités et organismes sociaux ont besoin de structures qui réfléchissent ». Nous avons beaucoup réfléchi, et à notre manière avons fait ce que nous avons pu.

Comme pourrait l’être un couple de paysans ayant semer une graine nouvelle dans les sillons de l’innovation sociale, ils sont fiers du travail accompli aux côtés d’une multitude d’acteurs engagés et incontournables ou d’empêcheurs de tourner en rond.

Ils l’ont fait. Il y ont cru. Cela a pris du temps. Ils ont osé dépasser certaines règles, en étant convaincus qu’ils ont répondu à un besoin dont personne ne parlait. Ils n’ont jamais été ennuyés et ont toujours trouvé des solutions pour aller plus haut qu’une idée utopique.

Comme il le dit avec une certaine discrétion, Alain n’a sorti le parapluie que lorsqu’il pleuvait, alors qu’il a passé son temps à en esquiver beaucoup de parapluies de toutes les couleurs, même par temps sur.

Isabelle et Alain quittent aujourd’hui Solid’Action en confiant au Conseil d’Administration la suite de sa trajectoire humaniste en faveur des plus isolés. A noter que la structure représente aujourd’hui 32 ETP pour 1.7 m€ de chiffre d’affaire.

Avec une reconnaissance à l’échelle nationale pour l’ACTION SOLIDAIRE menée depuis plus de 15 ans envers plus de 500 exclus accueillis, la Présidente Anne BLONDEAU, les membres du Conseil et l’ensemble des salarié(e)s leur souhaite de prendre un repos bien mérité, et de repartir ensuite pour d’autres aventures empreintes de leur ADN d’aujourd’hui.